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Musique classique et opéra par Classissima

William Christie

mardi 25 avril 2017


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13 avril

CD, compte rendu critique. MONTEVERDI : Balletti & Sonate (Clematis, — 1 cd Ricercar 2016)

Classiquenews.com - Articles CD, compte rendu critique. MONTEVERDI : Balletti & Sonate (Clematis, — 1 cd Ricercar 2016). Qui était le jeune Claudio Monteverdi, violiste talentueux venant de sa Crémone natale (né en 1570), quand il rejoint la Cour ducale de Mantoue ? Alors que règnent d’autres instrumentistes compositeurs dont le violoniste Salomone Rossi (de trois ans son cadet, né en 1570), le Crémonais âgé de 23 ans lors de son recutement à la cour ducale (1590) joue de viola « alla bastarda » ou « vioula » ; ainsi paraît-il dans un tableau de cette période (cf. illustration ci dessous d’un musicien de Crémone avec une viole de gambe). Déjà auteur des deux premiers Livres de Madrigaux (I et II, respectivement de 1587 et donc 1590 quand il arrive à Mantoue), Monteverdi s’impose alors immédiatement par une opulence et un souffle inédit qui restitue tout son relief, éloquence et sensualité à la langue mise en musique ; ainsi s’affirme dans la continuité des oeuvres préalables de Rossi, l’invocation linguistique de Tempro la cetra (VIIè Livre de madrigaux, 1619, édité alors que le compositeur mûr est maître de chapelle à San Marco de Venise), d’une puissance hallucinée inouïe alors. Là se déploie la lyre amoureuse en l’honneur de Mars ; là les mots enivrés frappent comme des armes, et les cordes finales, également incisives et d’une souplesse qui captivent, s’imposent désormais comme le chant d’Orphée à Pluton (et Proserpine). Et l’on se rend compte à tel point l’écriture de Monteverdi était moderne, mais aussi tout entière comme Mozart, dédiée à l’amour. Dans ce premier jalon montéverdien, toute l’invention et le souci de la langue ciblent l’acuité et la puissance de l’amour contre la barbare énergie de la guerre. A Mantoue, doué pour le drame et les brûlures poétiques, Monteverdi ne tarde pas à succéder au flamand Giaches de Wert, mort en 1596, comme compositeur de la chapelle ducale de Vincent de Gonzague. La Cour mantouane est alors l’une des plus florissantes (même si le patron paie mal ses serviteurs : Monteverdi qui ne cesse de s’en plaindre, finira par partir… à Venise, exportant dans la Cité sérénissime, sa conception embrasée, sensuelle du drame lyrique). En comparant l’écriture de Monteverdi avec ses confrères à Mantoue, dont le juif Salomone Rossi, l’éloquence suave voire érotique du Crémonais s’affirme comme nulle autre. Un constat qui rejoint celui manifeste à l’écoute de ses Madrigaux, dès le Premier Livre. La lyre montéverdienne révélée Chant de l’âme, corps en extase Langueur, extase… certes développée et étirée par Rossi, mais avec un nerf et un sens inné des respirations de la langue, plus justes chez Monteverdi : Il ballo delle Ingrate (créé en 1608, édité dans les Madrigaux guerriers et amoureux, 1638), stridences à l’appui (accents expressifs) animent des statues inertes pour que s’affirme l’élan de la vie, cette pulsion première, vitale qui est le sujet central de toute l’écriture montéverdienne. Une claire conscience du pouvoir d’un consort de cordes seules que l’épisode Marinien qui suit « Sonate sopra Fuggi, fuggi dolente core » de 1655, semble prolonger avec une finesse poétique, allusive, subtile, évanescente. Monteverdi a transmis sa poétique amoureuse. Même dans son archaïsme qui ouvre le XVIIè et reste très ancré dans la Renaissance, la sobre éloquence d’Orfeo, dont les extraits concluent le programme, montre combien en 1607, point d’accomplissement alors, Monteverdi, inventeur de l’opéra, synthétise toutes les tendances mantouanes, en tisse et en déduit une somme recolorée par sa propre sensibilité : jamais les intentions du poème n’ont trouvé dans les inflexions de la musique, une plus juste et exacte expression : qu’il s’agisse des claires séquences madrigalesques et pastorales (Ritornelli et arie del bosco), propres au milieu sylvestre des amours de bergers enivrés, ou – ébauche d’un changement de conscience et de climats émotionnels singuliers alors, dans l’articulation des airs plus sombres et amples, où à partir de la Sinfonia chromatica, les instruments se font miroir de la lyre tragique d’un poète chanteur foncièrement conquérant par la seule incantation de sa parole. Le passage du verbe individuel s’est pleinement réalisé grâce au seul Monteverdi, véritable révolutionnaire baroque. Dès lors, Claudio apporte une nouvelle conception du chant instrumental : une profondeur inédite qui se met à l’écoute des passions de l’âme. Voilà ce qu’éclaire ce programme remarquablement conçu, aux apports multiples, d’autant plus opportuns en cette année de célébrations Monteverdi 2017. Saluons le travail rythmique et sonore de Clematis, auquel répond l’engagement du timbre calibré du jeune ténor Zacahry Wilder, ex lauréat du jardin des Voix de William Christie. Son souci de la langue rend hommage à la haute qualité de la musique montéverdienne, à saon essence réformatrice comme sa modernité linguistique. Voici donc le premier recueil discographique réellement convaincant parmi les nouveautés 2017n en liaison avec l’anniversaire Monteverdi de cette année. CLIC de CLASSIQUENEWS d’avril 2017. _____________________________ CD, compte rendu critique. MONTEVERDI : Balletti & Sonate (Tempro la cetra / Il Ballo delle Ingrate, Orfeo (extraits). Clematis. Zacahry Wilder, ténor. Enregistrement réalisé en octobre 2016 – 1 cd Ricercar RIC 377 — CLIC de CLASSIQUENEWS d’avril 2017

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10 avril

Compte rendu, opéra. Paris. TCE, le 6 mars 2017. Monteverdi : Le Retour d’Ulysse dans sa patrie. Villazon, Kozena, Haïm / Clément

Compte rendu, opéra. Paris. TCE, le 6 mars 2017. Monteverdi : Le Retour d’Ulysse dans sa patrie. Villazon, Kozena, Haïm / Clément. Pour célébrer l’année Monteverdi, c’est à Paris qu’Emmanuelle Haïm retrouve le compositeur Crémonais et mène l’histoire d’Ulysse et ses retrouvailles avec Ithaque. Un parcours initiatique qui renouvelle l’approche scénique et musicale d’un chef d’oeuvre de l’art baroque. Monteverdi, le plus illustre des maîtres italiens du XVIIème siècle a vu le jour au cœur des collines boisées de Crémone en 1567. On aime à raconter que les bois de cette belle contrée ont donné leur matière pour faire les Stradivarii, les Guarnieri, – voix premières de l’opéra et des madrigaux. Revenir à Monteverdi n’est jamais une Odysée et ce n’est jamais un parcours éreintant. Pour certains, le Ritorno d’Ulisse in Patria est l’opéra le plus complexe à délivrer scéniquement du maître Cremonais. À 450 ans de sa naissance, on peut trouver cet argument facile et quelque peu fallacieux. Il suffit de voir les mises en scène extraordinaires qui ont traversé notre siècle adolescent. De la mémorable production de Christie à Aix avec Adrian Noble où la mythique Ithaque était un rêve méditerranéen, … à l’univers décadent et fascinant de Christophe Rauck en 2012 (ARCAL/Les Paladins), Ulysse est devenu la figure très contemporaine du réfugié intégrant sa place dans une société en proie aux conflits sociaux. Bleu de ciel/bleu d’abysses En 2017, Le Théâtre des Champs-Elysées nous offre une vision postmoderne puissante avec Mariame Clément, et Emmanuelle Haïm en fosse. Que dire après la crucifixion médiatique de cette superbe production? Nous ne pouvons que nous insurger! La liberté de blâmer s’arrête quand elle devient injuste et ouvertement subjective. Ce Ritorno d’Ulisse est un coffret magnifique et la narration de Mariame Clément porte la marque à la fois d’un véritable souci du livret mais aussi une fantaisie non démunie d’aplomb. Mariame Clément offre à ce Ritorno les questionnements humains de notre époque aux sursauts egotiques. En effet les personnages sont autant d’îlots mais secoués de telles forces telluriques qu’ils forment La Belle géographie des emois, la cartographie des affects et des passions. Nous remarquons aussi le mélange des genres qui, tout En modernisant l’intrigue (notamment dans les épisodes olympiens), la replace dans le “merveilleux” baroque. Répondant avec panache dans la fosse, Emmanuelle Haïm démontre encore une fois que Monteverdi lui sied magnifiquement bien! C’est un beau retour de son Concert d’Astrée aux couleurs opératiques du maître Crémonais, après un Orfeo fondateur de légende en 2000, ce Ritorno d’Ulisse in Patria est loin de laisser indifférent. Les lignes sont nettes et les ritournelles riches en polychromie. Nous attendons avec impatience qu’Emmanuelle Haïm nous rende ainsi toutes les couleurs d’un XVIIème siècle qui demeure encore « terra incognita ». Tel son rôle, Rolando Villazon a été confronté à la houle des critiques autant injustes que subjectives, campe un Ulisse fringant. Sa diction n’est jamais emportée par le style et l’émotion dramatique qu’il injecte au personnage, lui offre toute la bravoure et l’humanité qu’il faut à son incarnation. M. Villazon réussit là où beaucoup de chanteurs baroqueux échouent : le naturel. Il nous offre un Ulisse débarrassé enfin de toutes les affèteries baroqueuses, et son interprétation se révèle sincère et puissante. En revanche, la Pénélope de Magdalena Kozena est quasiment une déception à peu de choses près. Si vocalement le rôle est parfaitement interprété par Mme Kozena, c’est une certaine raideur bien regrettable qui lui ôte tous les affects du personnage. Pourtant royale et impérieuse, Magdalena Kozena semble avoir du mal à se glisser dans le théâtre subtil de Mariame Clément. En effet les passions et les dilemmes auxquels est soumise Pénélope, semblent complexes à l’expression théâtrale de Mme Kozena. Le regret est d’autant plus grand que sa voix est source de tous les plaisirs sis dans la géographie ravissante de l’écriture Montéverdienne. Dans la myriade des personnages qui ponctuent le livret, constatons une distribution assez équilibrée et riche en surprises. Certains chanteurs allemands, nous étonnent par leur présence dans le cast, mais « naturels » semble-t-il, par la magie de la coproduction avec Le Theatre de Nürnberg. Nous remarquons avec enthousiasme le très touchant et fabuleux Telemaco de Mathias Vidal, l’Eumete de Kresimir Spicer aux couleurs chatoyantes, le Eurimaco de Emiliano Gonzalez, toujours généreux et subtil, l’espiègle Melanto d’Isabelle Druet et l’incroyable Minerva d’Anne-Catherine Gillet. Callum Thorpe en Tempo et Antinoo se révèle être un interprète vocalement parfait. Maarten Engeltjes offre une belle palette vocale avec une profonde émotion dans l’Humana Fragilità et Pisandro, il est l’interprète idéal pour ces deux rôles. L’Iro de Jörg Schneider est désopilant en caricature grotesque et Katherine Watson est idéale en Junon. Avec quelques bémols qui n’entame pas en somme une très belle production, notre voyage, serti des marbres du Théâtre des Champs-Elysées, se parachève dans la mer de jais et des étoiles fugaces de la Nuit Parisienne; un autre théâtre, et d’autres drames qui nous feront fredonner encore et encore : “Fragil cosa son io…” ___________ Compte rendu, opéra. Paris. TCE, le 6 mars 2017. Monteverdi : Le Retour d’Ulysse dans sa patrie. Villazon, Kozena, Haïm / Clément. Rolando Villazón UlisseMagdalena Kožená PenelopeKatherine Watson GiunoneKresimir Spicer EumeteAnne-Catherine Gillet Amore / MinervaIsabelle Druet La Fortuna / MelantoMaarten Engeltjes L’Humana Fragilità / PisandroCallum Thorpe Il Tempo / AntinooLothar Odinius Giove / AnfinomoJean Teitgen NettunoMathias Vidal TelemacoEmiliano Gonzalez Toro EurimacoJörg Schneider IroElodie Méchain Ericlea Mise en scène – Mariame Clément LE CONCERT D’ASTREE dir. Emmanuelle Haïm




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25 mars

Festival de Saintes 2017. Présentation et temps forts

SAINTES, 46ème Festival estival : 14-22 juillet 2017. Fleuron des festivals estivaux en France, ici en Poitou-Charentes, le 46è festival de Saintes étend sa voile du 14 au 22 juillet 2017, investissant tous les lieux désormais emblématiques de l’Abbaye aux dames. Rebaptisée Cité musicale, l’ensemble patrimonial accueille plusieurs générations d’interprètes en une palette élargie de répertoires ; aujourd’hui le lieu est fort d’une saison musicale annuelle, qui avant et après le festival estival prépare et poursuit l’aventure musicale. Cette activité permanente in loco a enraciné la musique comme une respiration naturelle (d’autant que le bâtiment abrite aussi le Conservatoire de musique de la ville : des passerelles n’ont pas manqué de se développer entre présences des artistes pro, du public et des jeunes élèves…). Le Festival estival profite évidemment de cette culture évidente, manifeste qui appartient désormais totalement à la vie des Saintais. Au cours de lla saison annuelle comme pour l’été, jeunes tempéraments en devenir (actuellement Nevermind et Jean Rondeau), ensembles envoûtants et pour certains partenaires familiers (Vox Luminis, Orchestre des Champs-Elysées et Philippe Herreweghe, …) poursuivent leur travail de défrichement comme d’approfondissement. Le seul exemple de l’orchestre de jeunes instrumentistes sur instruments d’époque, le JOA, Jeune Orchestre de l’Abbaye, illustre cette activité exemplaire qui se soucie de former et perfectionner les jeunes musiciens. En plus de réaliser plusieurs sessions pendant l’année à Saintes, le JOA participe aussi à la programmation du festival estival (Tchaikovski : Suite de Casse Noisette et Symphonie n°2 « Petite Russie », sous la direction de Philippe Herreweghe, le 15 juillet à 16h30, un événement à suivre particulièrement). Musique sacrée, récital de piano et de clavecin, quatuors et musique de chambre, grands bains symphoniques, de Bach à Ligeti… Saintes dévoile 1001 visages de la musique, pendant son festival d’été… 46è Festival estival de Saintes Du 14 au 22 juillet 2017 9 jours, 2 week ends En juillet 2017, la 46è programmation ne contredit pas une équation qui gagne chaque année le coeur des festivaliers : diversité, équilibre, surprises des programmes présentés. Concerts Symphoniques, musique de chambre, concerts sacrés, sans omettre les visites, animations diverses, rencontres à la boutique et sous la voile, renouvelée cette année et installée dans la grande cour de l’Abbaye… le festivaliers a l’embarras du choix ; il dispose d’un éventail d’offres complémentaires (avec jusqu’à 4 concerts par jour, habilement planifiés, rendant possible d’y assister à tous, en ayant le temps de la collation entre chaque : 12h30, 16h30, 19h30 puis 22h). TEMPS FORTS…. Voici nos temps forts et cycles à ne pas manquer cette année à Saintes (sauf indication contraire, les concerts que nous avons sélectionnés se déroulent dans l’église abbatiale)… Première journée d’ouverture, vendredi 14 juillet 2017, dès 11h (cocktail d’ouverture sous la voile) ; ensuite, vous ne manquerez pas le nouvel ensemble baroque A Nocte temporis dirigé par le ténor Reinoud van Mechelen (Clérambault et ses contemporains français, 12h30) ; puis à 19h30, toujours sous la voûte de l’Eglise Abbatiale : Messe pour la paix / Musique pour le Camp du Drap d’or où se répondent et s’unissent les Chapelles royales français et britanniques de François Ier et de Charles Quint en 1520… par Doulce Mémoire et son créateur, Denis Raisin-Dadre. Le 15 juillet est une journée « type » offrant 4 concerts : tous à l’Abbatiale. Vox Luminis et Lionel Meunier à 12h30, dans un programme regroupant les plus beaux Motets de JS Bach et de ses oncles… Nouvel événement symphonique ensuite à 16h30, avec Philippe Herreweghe pilotant la fougue juvénile des instrumentistes du JOA dans un programme très attendu, dédié à Tchaikovsky (Symphonie n°2 et Suite de Casse-Noisette). A 19h30, autre événement : plusieurs Concertos Brandebourgeois de JS Bach (jamais écoutés à Saintes, ou depuis très très longtemps / Les Ambassadeurs sous la direction du flûtiste, Alexis Kossenko). Enfin, Quatuors de Haydn, Mendelssohn, Beethoven par le Quatuor Arod dans l’ambiance feutrée, tardive de l’Abbaye à 22h. Une fin de journée qui s’achève comme un songe dans le vaste corps minéral de l’Abbaye… VOLETS THEMATIQUES. Parmi les fils thématiques à Saintes que le festivalier retrouve chaque année avec plaisir : JEAN-SEBASTIEN BACH. Après l’excellent choeur Vox Luminis le 15 juillet à 12h30 (Motets), ne manquez pas Les Variations Goldberg par Benjamin Alard (clavecin, le 16 juillet, 22h), les Cantates BWV 182, 131, 103 par Gli Angeli (ensemble Suisse dirigé par Stephan MacLeod, le 17 à 12h30 ; puis qui récidive le 19, même heure, pour les BWV 181, 127 et 75) ; sans omettre la somptueuse et grave Cantate BWV 198 Trauer-Ode (Vox Luminis déjà cité, le 18 juillet à 12h30). Ce dernier concert affiche aussi la MUSIQUE ANGLAISE BAROQUE (qui peut-être un autre fil conducteur : soit Ode pour l’anniversaire de la Reine Mary) ; à suivre donc avec le lendemain, 19 juillet, 22h : Devotionnal songs and Anthems de Purcell (la Rêveuse), et aussi le prometteur rv intitulé « l’Orgue du sultan » (le 21 juillet, 22h, où les musiques de Dowland, Byrd dialoguent avec des airs traditionnels ottomans / Ensembles Sultan Veled et Achéron / François Joubert-Caillet, direction). Parmi les autres temps forts du festival estival de Saintes 2017, nous avons sélectionné : le concert des musiciens du JOA à l’adresse des plus jeunes (dès 3 ans si accompagnés, le 16 juillet, 10h45 puis 12h à l’Auditorium) ; les madrigaux de Monteverdi (450è anniversaire en 2017, par Voces Suaves, Tobias Wicky (le 16 juillet, 19h30). L’événement de cette édition reste la présence de William Christie, en ambassadeurs des passions barqoeus sacrées et en pédagogue affûté, formateur… avec son ensemble Les Arts Florissants (sublime programme de musique baroque française du XVIIè : Le Reniement de Saint-Pierre de MA Charpentier et une sélection de musique pascale, le 17 juillet, 19h30) ; mais aussi pilotant le JOA, dans une session nouvelle symphonique dont l’aboutissement est à l’affiche de l’Abbatiale, le 21 juillet, 19h30 (Symphonies n°85 La Reine, et n°82 « L’Ours » de Haydn, Airs de concert de Mozart avec Emmanuelle de Negri, soprano). De son côté, l’Orchestre des Champs Elysées, seconde phalange orchestrale emblématique de la Cité musicale à Saintes, propose deux concerts immanquables également : Concerto pour clavier n°23 K488 et Symphonie n°36 « Linz » (Bertrand Chamaillou, pianoforte, et Alessandro Mocia, premier violon et direction, le 18 juillet, 19h30), et comme conclusion du festival 2017 : Symphonie n°1 de Brahms, Lieder avec orchestre de Wolf (Möricke) et de Mahler (Lieder eines fahrenden gesellen), avec Dietrich Henschel, baryton, sous la direction de Philippe Herreweghe. Enfin parmi nos coups de coeur 2017 : Nevermind et Jean Rondeau dans un programme opportun en 2017 dédié (en partie) à Telemann (Quatuors parisiens n°1 et 4, le 18 juillet à 22h) ; le Collegium Vocale Gent (Kaspar Putnis, direction) dans un programme Schnittke et Ligeti (de ce dernier, le sublime Lux Aeterna, le 19 juillet, 19h30) ; le récital de piano de Wilhem Latchoumia (Debussy, Falla, Mompou…, le 20 juillet, 12h30) ; Ode à sainte Cécile et le Dixit Dominus de Händel par Vox Luminis (le 20 juillet également mais plus tard à 19h30) ; le Vivaldi plein de fièvre et d’élégance par la violoniste Amandine Beyer et son ensemble Gli Incogniti (Il teatro alla modo, le 22 juillet à 13h30). ______________________ Voilà de quoi construire vos journées à Saintes, riches en découvertes, écrins et réservoirs d’émotions musicales comme il en existe rarement en France : ici, quoique l’on dise : l’unique lieu et la beauté de son architecture centenaire assure une cohérence unique chaque été. L’édition 2017 s’annonce à nouveau exceptionnelle par la diversité des formes, répertoires, comme des profils artistiques… dans un lieu envoûtant et désormais incontournable du mois de juillet. Toutes les infos et les modalités de réservations sur le site du Festival de Saintes 2017 . http://www.abbayeauxdames.org/festival-de-saintes/

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23 mars

CD, compte-rendu critique. LULLY : Armide (Les Talens Lyriques, 2015, 2 cd Aparté)

CD, compte-rendu critique. LULLY : Armide (Les Talens Lyriques, 2015, 2 cd Aparté). L’ultime ouvrage lyrique de Lully fait les réputations, adoube les volontés artistiques : des chefs s’y sont cassé les dents ; dévoilant des limites trop sérieuses à ce qui paraît tel le chef d’oeuvre de la tragédie française en musique où à la fin du XVIIè à Versailles, comptent autant le texte que la tension musicale. Armide exige donc autant des chanteurs que des acteurs, véritable diseurs comme au théâtre. D’autant que l’orchestre n’accompagne pas : il développe des climats et des atmosphères nouveaux, annonçant le grand Rameau climatologue au XVIIIè. Réalisé à Paris, Salle Pierre Boulez de la Philharmonie en décembre 2015, le spectacle saisi sur le vif, expose d’indiscutables atouts. Surtout sur le plan orchestral, moins au registre de l’intelligibilité parfaite de la langue si raffinée de Quinault. Armide articule un texte autant édifiant que d’une exceptionnelle efficacité dramatique : aux langueurs et doutes de la magicienne amoureuse succèdent, l’abandon suicidaire après une résistance teintée de haine (IV) : ce dernier tableau, épisode d’un tragique lugubre et grimaçant. Mais ici, genre versaillais oblige, le naturel et l’expressif se doivent de toujours servir et respecter la noblesse la plus articulée. Autant dire que la partition sert l’un des poèmes les plus passionnants de Philippe Quinault, lequel comme le compositeur né florentin mais naturalisé français, se surpasse, offrant avec Armide, l’apothéose de la tragédie en musique que le règne de Louis XIV se devait de posséder. En 1786, malgré des scandales et cabales en tous genres, – y compris le désaveu du Roi pour son cher ami musicien, Armide suscita dès sa création, une immense (et légitime) succès : le génie de Lully se dévoile sans fard, en une coupe sans faille. Comme dans ses précédents Lully – qui compose à présent un sérieuse collection thématique dédiée au génie lyrique de Lully, Ch. Rousset et ses Talens Lyriques ne manquent pas d’expressivité souple dans l’articulation du drame français, ce dès le Prologue qui en dehors de sa conformité au genre, permet surtout aux musiciens de trouver un équilibre entre pupitres, de chauffer une sonorité, de s’associer surtout aux voix, solistes et chorales. Ainsi l’art français voit grand, comme le château pour lequel le spectacle a été conçu, ce Versailles qui en impose par son décorum (suite des danses premières : Entrée, menuet, Gavotte…), et de façon surprenante par sa poésie (flûte dès l’Entrée majestueuse…). Il faut donc un équilibre subtile dans le geste et la réalisation interprétative. Ni trop grandiloquent ni trop maniéré… naturel et sobre. Une tension permanente cependant canalisée par le flux organique de la danse, omniprésente dans l’explicitation de la tragédie. Un vrai défi. Moins sec qu’à son habitude, moins mécanique aussi dans la réalisation (contrairement à ses Rameau, souvent), le chef sait s’attendrir, ouvrir de belles portes évocatrices, nuancer la portée et déclamatoire et nostalgique de la Gavotte (entre autres). D’autant que les deux premières voix, – comme deux fées des lieux enchantés et royaux, c’est à dire Gloire et Sagesse savent projeter un texte qui n’est rien que complaisant et de circonstance : le piquant et clair soprano de Marie-Claude Chappuis se détache en Sagesse (comme sa Sidonie postérieure dans le drame), quand Judith van Wanroij déploie un beau velouté, naturellement princier (osons dire « versaillais »), mais à l’articulation hélas paresseuse (défaut qui s’affirme dans sa Phénice, et qui revient régulièrement dans ses prestations, sans qu’aucun coach ni préparateur ne l’aide à perfectionner son articulation). OPERA LINGUISTIQUE… La machinerie sublime qui se déroule à travers ses 5 actes met à nu, le cœur d’Armide, fière souveraine et magicienne intrigante qui jusqu’au IV et sa confrontation avec le personnage plein de hargne supérieure de la Haine (formidable Marc Mauillon qui sait rester articulé et … sobre), s’obstine à résister en vengeance et orgueil. Mais ce que Lully dévoile, c’est l’empire de l’amour sur une âme noble, orgueilleuse, qui saisie dans les rêts de l’amour, s’humanise, semble accepter de souffrir et mourir pour Renaud qui ne répond pas au sien. Mais c’est mal connaître cette furie que la passion rend hideuse… ainsi que le dévoile sa dernière envolée, en déité outrée, blessée, qui détruit tout et ne pardonne rien. Avant les Gluckistes du XVIIIè, favorisés par Marie-Antoinette, Vogel, Sacchini, avant la Médée de Cherubini, Lully impose un génie tragique pathétique et fantastique de première valeur : jamais outrancier grâce à l’élégance de la langue, toujours élégant et nerveux grâce au flux contrasté de ses étonnantes danses dont le rythme même est fusionné aux aspects du drame. Dans ce labyrinthe amoureux qui célèbre l’omnipotent Amour,- sa vérité essentielle contre le monde des enchantements-, la caractérisation des personnages passe des accents guerriers, tempétueux, expressifs, à l’expression d’un abandon d’une étonnante sensualité, qui ne doit pas cependant sacrifier la tension et la précision de la déclamation (le sommet en serait l’air de l’amant fortuné superbement enchâssé dans le flux de la Passacaille du V : subtile, articulé et pourtant si naturel Cyril Auvity). Il y a donc chez les solistes, le défi de l’intonation et du caractère qui fait l’humeur ; il y a aussi, surtout, l’articulation et l’intelligibilité, autre défi autrement et totalement crucial dans l’interprétation de l’opéra français baroque, en particulier pour les drames lullystes comme les ouvrages du XVIIè : le verbe de Quinault apporte une seconde langue musicale, doublant les épisodes instrumentaux qui enchaînent souvent une collection d’airs rapides, nerveux, étonnamment contrastés, réalisant tout le muscle et la tenue du flux dramatique dans sa continuité. De ce point de vue, l’équilibre et l’explicitation orchestrale à laquelle atteignent chef et instrumentistes des Talens Lyriques enchantent et captivent. OPERA LINGUISTIQUE ET ORCHESTRAL L’opéra français versaillais à son meilleur Côté chanteurs, le bon niveau général, même pour certain encore perfectible, complète et conforte l’éloquence et la fluidité expressive de l’orchestre. Parfois un rien maniérée dans la réalisation des ornements, Marie-Adeline Henry sait brosser d’Armide, un portrait d’abord direct et brutal ; puis de plus en plus tendre de la magicienne, à mesure qu’elle saisit à sa juste mesure la vérité de l’amour qu’elle éprouve pour Renaud ; en rompant avec les illusions, artifices et enchantements, la soprano fait surgir peu à peu la profonde solitude qui la révèle à elle-même. C’est au diapason d’une force guerrière, un volcan qui se passionne et tempête, mais aussi un coeur dépassé et finalement démuni face à la vérité de ses sentiments. Aussi après la sublime Passacaille du V, – métamorphose musicale qui se fait le miroir de la transformation qui saisit alors le cœur et l’âme de l’héroïne, la chanteuse approche grâce à une économie et une sobriété de mieux en mieux maîtrisée, la vérité d’un chant lucide, enfin pleinement humain qui souffre et pourtant renaît à lui-même dans une révélation de sa propre solitude, plongeant cependant à la fin dans le faux espoir d’une si vaine fureur vengeresse… et destructrice. Suave lui aussi, et d’un français impeccable, le Renaud d’Antonio Figueroa sait soigner le français de Quinault en un phrasé constamment maîtrisé, soucieux du verbe, de son volume comme de son caractère, autant que de la ligne. Son chant demeure d’une sobre élégance, d’une inflexible certitude, malgré les mille séductions de la magicienne (jusqu’au dernier duo où l’on regrettera un léger dérapage de justesse : … « trop malheureuse Armide…. ») : vétille comparé à ce que réalise auparavant le chanteur montréalais. Le nerf linguistique et le relief accentué des solistes déjà cités : Marc Mauillon (Aronte, La Haine), Marie-Claude-Chappuis (sagesse, Sidonie, bergère héroïque), Cyril Auvity (portrait ci-contre) mémorable amant fortuné dont nous avons détaché la justesse expressive), mais aussi le noble et racé Hidraot (oncle de la magicienne : Douglas Williams), comme l’Ubalde d’Etienne Bazola… apportent la couleur si délectable des récits parfaitement maîtrisés. Sans vraiment démériter, l’Artémidore d’Emiliano Gonzalez Toro peine davantage que les autres : voix serrée et constamment vibrée (un élément hors sujet chez Lully, quand il est systématisé). D’une architecture lumineuse, fouillant l’intention d’exposition des caractères dans le Prologue puis l’acte I ; comme l’exposition de la passion qui se joue ensuite, l’expression de la haine (III), puis la désolation de la Magicienne, entre rage, abandon puis destruction dans les IV et V, le chef canalise tous les volets d’une tragédie parmi les mieux élaborées qui soient : acidité mordante des joutes guerrières ; douceur alanguie des évocations plus nostalgiques des divertissements (enchantement pastorale à travers l’air de la Naïade au II – avant la suspension de l’action et l’émergence d’une pause purement instrumentale dans les deux Airs / l’équivalent du vertige atemporel réalisé dans le sommeil d’Atys). A son mérite revient l’articulation somptueuse des danses et des divertissements, la coloration de plus en plus présente de l’orchestre – véritable acteur aux côtés des solistes. Ainsi s’accomplit le basculement de la scène lyrique française, de l’éclatante apothéose du Prologue (artifice), au tragique noir et haineux du drame (vérité). Lully finalement favorise contre tout ce qui est dit et défendu par de nombreux interprètes étrangers à sa vérité, l’émergence de la psyché, le dévoilement d’une profondeur émotionnelle, hors action et confrontations dramatiques. Voilà le sens caché des ballets et divertissements : la musique nous dit bien autre chose et différemment de l’action purement théâtrale. Un aspect à la fois grave et nostalgique que reprendra Rameau au siècle suivant. Les Talens Lyriques comprennent cette richesse poétique et l’expriment pour notre plus grand plaisir. Hier, seuls Les Arts Florissants et l’indépassable William Christie, savaient élucider et éclairer cette coloration si essentielle. En dépit des petites défaillances ici et là relevées chez les solistes, voici assurément l’un des meilleurs enregistrements baroques français des Talens Lyriques (à ranger aux côtés de leur excellent récital récent avec l’électrisante mezzo Ann Hallenberg, 1 cd également Aparté, couronné par un CLIC de CLASSIQUENEWS de décembre 2016 : Farinelli : a portrait ). ____________________________ CD, compte-rendu critique. LULLY : Armide (Les Talens Lyriques, Christophe Rousset – enregistré à la Philharmonie de Paris, en décembre 2015, 2 cd Aparté) – CLIC de CLASSIQUENEWS de mars 2017.



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17 mars

CD, compte rendu critique. Lully : Persée (version 1770). Le Concert Spirituel. H. Niquet, direction (2 cd Alpha)

CD, compte rendu critique. Lully : Persée (version 1770). Le Concert Spirituel. H. Niquet, direction (2 cd Alpha). Quand le XVIIIè revisitait (défigurait) le XVIIè : Louis XV transforme Lully. Il le dénature même pour en produire une sorte de « verrue » politiquement grandiose mais artistiquement artificielle. On comprend bien que Château de Versailles spectacles ait souhaité fixé le souvenir de cette recréation solennelle qui met en lumière l’adéquation idéale entre patrimoine et musique : aucun doute dans l’histoire des grandes célébrations musicales au Château, ce spectacle recréé, datant de 1770, s’imposait… pour autant esthétiquement douteuse, la résurrection suscite plusieurs questions et n’inspire pas que des louanges. Pour l’inauguration de l’Opéra royal, ce Persée 1770 réécrit, reformaté selon la majesté du lieu, son acoustique, son esthétique, et aussi pour convenir à un événement dynastique (le mariage du Dauphin avec l’Archiduchesse d’Autriche) convient parfaitement à une célébration officielle. L’histoire de l’art contient à foison les exemples de remaquillages intempestifs, réaménagements grandiloquents réhabillant un lieu, enrichissant son harmonie originelle ; surtout sous le règne de Louis XV, souverain dépressif auquel les divertissements façonnés par La Pompadour ont apporté un réconfort éphémère mais toujours efficace. Ce que Louis XIV n’avait pas réaliser, Louis XV le fit : édifier un opéra digne de Versailles. Pour autant, pour inaugurer le lieu, en ce 16 mai 1770 donc, on commit un réhabillage abusif, l’adaptation d’une ancienne tragédie en musique de Lully, Persée ; c’est à dire lui retirer la moitié de son matériel musical XVIIè, le réorganiser (de l’ouvrage original avec Prélude et 5 actes, il devient un avatar sans prélude, en 4 actes), rehausser son rythme et sa continuité en y intégrant de nouveaux ballets, une nouvelle ouverture, des pantomimes, intermèdes, choeurs tout à fait XVIIIè. « Pire », on osa retoucher l’orchestration : en ajoutant aux équilibres et harmonies lullystes, flûtes et bassons, …aux côtés des cors et clarinettes présents dans toutes les sections nouvelles. Tout cela à la mesure d’un monstre musical et chorépgraphique riche de ses 40 à 80 danseurs (selon les actes), 15 chanteurs solistes, 80 musiciens, 95 choristes… comme deux pleines pages de la notice nous le rappellent ; le spectacle est donc d’abord celui de la démesure. Versailles 1770 : l’heure de la surenchère pompeuse et maniérée Si Louis XV honore le souvenir de son ancêtre glorieux, il n’hésite pas cependant à dénaturer le legs artistique et lyrique qu’il a reçu en héritage : d’où vient qu’en musique, on pourrait célébrer les ajouts et les reprises quand en peinture par exemple, les repeints sont identifiés puis effacer pour respecter l’équilibre originel ? A chaque discipline artistique, son éthique. Contrairement à la notice qui accompagne cette résurrection officielle, le tour reste anecdotique et documentaire, et les boursouflures et remaquillages sonnent indigestes, révélant dans ce goût pour la retouche à grande échelle, un maniérisme et une pompe inédites alors. On comprend que ce délire grandiloquent n’ait pas eu le destin qu’il prétendait amorcer : la révolution gluckiste allait rapidement dégraisser cet excès de crème musicale et de sophistication démonstrative. Pour l’histoire de Persée, énergisé par Lully, retournons aux sources : à la tragédie originelle de 1682 et l’intégralité des vers du divin Quinault. L’auditeur puriste y gagnera en prime l’inusable maîtrise de la prosodie du Grand Siècle. Pourvu que les interprètes sachant articuler : ce qui est loin d’être le cas pour nombre de chanteurs ici réunis. Vocalement, le disparate et le déséqulibre confirment une réussite en demi teintes. Certes on retrouve quelques brillants piliers du jeune chant français baroque, le plus articulé, le mieux chantant : Thomas Dolié, Mathias Vidal (Persée incisif et mordant au français impeccable), Cyril Dubois en tête, sans omettre Zachary Wilder (ici, Euryate, ex lauréat du Jardin des voix qui sous la direction de William Christie a participé à l’étonnant récital de musique française du XVIIIè, l’un des meilleurs à ce jour de l’Académie créée par le fondateur des Arts Florissants : VOIR notre reportage vidéo le Jardin de Monsieur Rameau… mais regrettons l’emploi de l’impossible Marie Lenormand (Cassiope) dont le chant imprécis déborde comme sa diction déforme toute prononciation. Regrettable contre sens. Même Marie Kalinine fait une Méduse (III) gonflée de haine (le caractère est bien campé) MAIS l’émission est engorgée et toujours basse, et le timbre beau et rond, est malheureusement desservi par une articulation approximative bien paresseuse. Aux côtés du Persée de Mathias Vidal, le Phinée de Tassis Christoyannis, même s’il semble avoir perdu un soupçon du brillant de son émission, incarne un rival de très grande classe, et tempérament de feu, vrai rival au preux Persée, prototype du héros lumineux (modèle pour le Souverain). Du beau son mais un chant imprécis aux aigus tirés souvent en difficulté, les autres femmes ne relèvent guère le niveau tracé par Lenormand : l’angélisme de la soprano Hélène Guilmette qui crée une Andromède linéaire, sans grande épaisseur d’autant que ses aigus sont tous tendus et vibrés à peine tenus (dommage) ; l’anglaise Katherine Watson est une Mérope au timbre nasalisé qui traverse son rôle sans vraiment l’avoir compris (duo comme lointain voire maniéré avec Phinée au IV, de surcroit dans une articulation où les consonnes sont lissées…). De ce point de vue, l’intelligibilité de son partenaire Tassis Christoyannis fait en comparaison, miracle (son souci du verbe s’est révélé encore dans l’excellent et récent récital discographique dédié aux mélodies de Saint-Saëns, CLIC de CLASSIQUENEWS de mars 2017 ). Au chapitre de la surenchère affectée, d’une vulgarité ornementée rarement atteinte, triomphe la Vénus aguicheuse de la soprano Chantal Santon, clins d’yeux et oeillades insistantes (piccolo à l’envi), comme embourbée dans son air final, en rajoute jusqu’à l’écœurement : une démonstration de virtuosité italianisante des plus racoleuses. A vrai dire, cet air trop copieux et délirant, au brio ringardissime reste inimaginable pour les amateurs et connaisseurs du XVIIIè. L’exemple parfait du kitch et du mauvais goût. Du Rameau outré, caricaturé. Un repoussoir pour les mélomanes connaisseur du style élaboré par Lully et après lui, Rameau. Musicalement, ce trop plein d’effets hollywoodiens avant l’heure souligne les travers d’un art du spectacle en perte d’inventivité. L’ambition des effectifs et l’hyperbole formelle, jusqu’à la boursouflure tenteraient-elles de compenser ici l’absence insigne de finesse et de subtilité ? Or les actes I, III et IV sont les plus convaincants (des coupures auraient été bienvenues plutôt que ce plat trop copieux servi dans sa dégoulinante intégralité) : ils ont été repensés et recousus par Antoine Dauvergne (I, IV ; portrait ci-contre) et par Rebel (III, portrait ci-dessous) dont l’intelligence musicale et dramatique saute immédiatement aux yeux : dans l’acte des Gorgones (III), le compositeur du XVIIIè – digne émule de Rameau, sait exploiter les ressources expressives qui peuvent jaillir du contraste entre épisodes lullystes laissés intacts, et ajouts XVIIIè : ainsi l’opposition / confrontation stylistique entre les appels des ministres du Sommeil (Rebel) et la hargne guerrière des Gorgones (Lully) impose un rythme expressif indiscutable, outre l’intelligence que dévoile Rebel dans l’art de jouer avec le style et l’esthétique lullyste dans la résolution de l’action. Concluons : voici à la fin du règne de Louis XV et pour les noces du Dauphin, futur Louis XV (à partir de 1774), une réalisation certes historique qui demeure l’exemple le plus glorieux du mauvais goût monarchique français, où l’ornementation maniérée, indigeste à force d’étalage sans mesure ni nuance annonce très vite, par réaction, ce nouvel ordre néoclassique bientôt réalisé par le Chevalier Gluck à Versailles et Paris, selon le goût nouveau de la jeune reine Marie-Antoinette. Hélas, l’interprétation qui en est donnée dans ce live d’avril 2016, dans le lieu pour lequel le spectacle fut donné (Opéra royal de Versailles), souffre d’une prise épaisse, imprécise, compacte (aucun détail instrumental mais une pâte sonore aux grumaux pesant d’où s’extirpe bon an mal an, les voix des solistes et le chant des choeurs, eux aussi gras, épais, à l’énoncé grossier… autant d’options qui accuse tous les défauts de l’écriture, comme les imprécision nombreuses des solistes. Et ce n’est pas l’orchestration dégoulinante qui affine ce tableau bien peu subtil. L’exemple de Rameau y semble éloigné, à des années lumière. Il était temps d’en finir avec cette veine désastreuse qui marque un point de non retour et certes pas une nouvelle voix de régénération pour le genre de la tragédie lyrique français. Au moins l’enregistrement dans son imperfection rend-t-il compte de cette particularité. La valeur reste documentaire et l’on devra vite oublier cette apothéose du mauvais goût dont fut capable le Versailles de Louis XV à la fin de son règne, avant la réforme gluckiste. ________________________ CD, compte rendu critique. Lully : Persée (version 1770). Le Concert Spirituel. H. Niquet, direction. 2 cd Alpha — collection « Château de Versailles ».

Jefopera

6 mars

Le 21 mars prochain : Journée européenne de la musique ancienne

Comme chaque année depuis 2013, la Journée Européenne de Musique Ancienne revient avec le printemps.   Le 21 mars 2017, qui est aussi le jour anniversaire de la naissance de Jean-Sébastien Bach, une multitude d’événements (concerts, dont certains retransmis en direct, conférences, ateliers et diverses surprises…) rendront hommage à un patrimoine musical européen d'une richesse exceptionnelle.      William Christie, ambassadeur de l’événement en 2015, déclarait alors : Toute initiative visant à jeter un coup de projecteur sur la musique ancienne est importante. Pour des spécialistes de longue date comme moi, qui ont essayé de transmettre cette musique au grand public pendant de nombreuses années, cette célébration est une véritable reconnaissance et récompense pour ce que nous avons réalisé .     Cette année, ce sont toujours de talentueux artistes, tels qu’Enrico Onofri, Skip Sempé, Olga Paschchenko ou Hervé Niquet qui s’associent à la promotion de cette journée, qui franchit largement les frontières de la France pour se diffuser, avec le soutien de l'UNESCO, dans l'Europe entière et au-delà, en Russie et aux États-Unis notamment.   Une partie des concerts seront retransmis en ligne en direct, sur Facebook.com, remaradio.eu et bachtrack.com. L’Union Européenne de Radio-Diffusion et Total Baroque sont partenaires média de l’événement. http://www.rema-eemn.net/fr/projets/la-journee-europeenne-de-musique-ancienne   Voici des liens utiles vers les sites ou pages des principaux partenaires de l'événement :   1) Musiques anciennes en lumière – Abbaye royale de Saint-Riquer : http://www.ccr-abbaye-saint-riquier.fr/pages/musiques/reseau-europeen-de-musique-ancienne/airs-a-boire-et-a-aimer.html2) European Day of Early Music in Clermont-Ferrand – La Camera delle Lacrime – Chapelle des Cordeliers – Clermont-Ferrand : http://www.lacameradellelacrime.com3 ) Cantates de Bach – Stradivaria – Ensemble Baroque de Nantes – Saison Baroque en Scène – La Cité des Congrès de Nantes LIVE STREAM : http://www.stradivaria.org/event/cantates-de-bach-avec-raphael-pidoux/    4) Superbes Ennemis – Rencontres Internationales de Musique Ancienne en Trégor – Ensemble Il Festino (direction Manuel de Grange) – Chapelle Sainte-Anne – Lannion : http://www.festival-lanvellec.fr/printemps-lanvellec/journee-europeenne-de-musique-ancienne-superbes-ennemis5) Porpora, diva & castrato – Orchestre du Concert de l’Hostel Dieu – Église Saint Bruno – Lyon : http://www.concert-hosteldieu.com/agenda/porpora-diva-castrat/  6) Découverte de la musique baroque (séance scolaire) – Passions Baroques à Montauban – Médiathèque de Montauban LIVE STREAM : http://www.les-passions.fr/fr/festival-passions-baroques-a-montauban/  7) Concerts d’orchestre baroque et musique ancienne – CESMD de Poitou-Charentes – Saint-Savin : http://www.cesmd-poitoucharentes.org/actualites  8) ANTIGUA 92 : semaine internationale de musique ancienne – TAC (Territoire Art et Création) – Bois-Colombes : http://www.antigua92.com/category/saison-2017/  9) attention, du 19 au 26/03 : Carte-blanche aux musiciens amateurs – Académie Bach – Chapelle Corneille – Rouen : http://www.academie-bach.fr/rv0251.htm  10) Génération 1685 : Bach, Haendel, Scarlatti – Pierre Hantaï, clavecin – Académie Bach – Temple – Luneray : http://www.academie-bach.fr/rv7536.htm  11) attention, le 26/03 : L’Art de la Fugue, un jeu d’enfant… – Benjamin Alard – Jean-Baptiste Monnot – Quatuor Habanera – Académie Bach – Chapelle Corneille – Rouen : http://www.academie-bach.fr/rv0778.htm  12) Mars en Baroque – Jean-Marc AYMES, clavecin, Maria Cristina KIEHR, soprano – Marseille : http://www.marsenbaroque.com/evenement/primavera-gioventu-dellanno  13) attention, le 19/03 : Vivaldi : Gloria – Ghislieri Choir & Consort – Centre culturel de rencontre d’Ambronay – Lyon : http://www.auditorium-lyon.com/Programmation-16-17/Symphonique/Formations-invitees/Vivaldi-Gloria  14) Impromptu 1 – Nexus Baroque – Centre culturel de rencontre d’Ambronay – Ambronay : http://actionculturelle.ambronay.org/Impromptus/r337.html

William Christie

William Christie (19 décembre 1944), est un claveciniste et chef d'orchestre d'origine américaine, naturalisé français en 1995. Il est considéré comme pionnier de la redécouverte de la musique baroque en France. Il a fondé en 1979 la formation Les Arts florissants, qu'il dirige toujours, ensemble spécialisé dans ce répertoire (Jean-Baptiste Lully, Jean-Philippe Rameau, ...) qui tire son nom d'une œuvre de Marc-Antoine Charpentier.



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